La brise marine portait un murmure ancien à travers les feuilles des orangers du Parc de l9Alameda. L9aube pointait peine, et la ville s9 tirait encore dans une lumière dorée, somnolente. Je me suis installée sous l’un de ces arbres, la corbeille d9osier débordant de branches et de fleurs fraîchement cueillies, cherchant les nuances qui orneraient le prochain chapeau. Je choisissais toujours cet endroit avec soin: il ne s9agissait pas seulement de la matière première, mais de cette essence que l9on capte en arpentant les sentiers.
J9ai trente-quatre ans, et mes mains créent des chapeaux tels des chos de la nature, des bourgeons vivants qui viennent se poser délicatement sur la tête. Peu savent quelles histoires se dissimulent derrière mon silence; mon regard répond souvent par une nigme peine perceptible, comme celui qui garde un secret au bord de l9oubli. La ville, avec ses ruelles sinueuses et ses recoins, est la fois mon atelier et mon refuge. Chaque bouquet recueilli est un dialogue que je tisse avec Marabella.
Ce jour-là, j9ai choisi de me rendre l9Alcazaba, non au c53ur de la foule, mais dans ce recoin sur la muraille où le temps semble s9 tre suspendu. Je me suis assise sur le bord de la pierre calcaire, observant les rayons du soleil pénétrer les crevasses les plus anciennes, illuminant un jeu d9ombres. L9air portait l9odeur saline mêlée celle de la terre, et d9une fleur sauvage rencontrée lors de ma promenade dans le parc. Sur mes genoux, j9ai déplié un petit carnet et commencé esquisser.
Mes chapeaux ne fleurissent pas seulement, ils racontent aussi des histoires, et ce matin-là, j9ai senti que l9Alcazaba me murmurait la sienne. Ils n9avaient ni tiquette ni nom, mais ceux qui les portaient semblaient se retrouver eux-mêmes en eux. J9ai traversé les rues sinueuses de Marabella, les fleurs dissimulées entre mes doigts, jusquà atteindre la Cathédrale. Là, sur l9un de ses bancs, je me suis assise, laissant le silence mâ enveloper.
C 9 st alors que je l9ai vu. Une main faible et tremblante laissa tomber une rose fanée mes côtés. En me retournant, je croise le regard d9une vieille femme, perdue dans un souvenir qu9elle ne pouvait partager. Sans un mot, j9ai ramassé la fleur et l9ai ajoutée ma corbeille. Elle m9a offert un léger sourire, comme si ce geste tait un fragile pont entre deux mondes.
