Sur la pente abrupte du Paseo Gervasoni, je tiens mon carnet de croquis comme une ancre fragile qui me retient face au souffle du vent marin. Mes doigts tremblants tournent les pages à la recherche d9une image fugace que j9ai d e9j e0 entrevues, mais qui toujours m9 e9chappe quand j9essaie de la saisir. Valpara edso n9est pas une toile fig e9e, je l9ai appris ces jours-ci : il change avec la lumi e8re, avec le fracas lointain des barges, avec la peau us e9e de ses murailles. Ici, la couleur ne se trouve pas seulement sur les fa e7ades de bois e9caill e9 ou les toits rouill e9s ; elle r e9side dans la mani e8re dont un r e9verb e8re e9claire un graffiti, dans la fresque qui s e9fface apr e8s la pluie, dans le reflet insaisissable du soleil sur les tuiles disparates.
Je m e2 ef bf bcnse dans les ruelles e9troites de Cerro Alegre, o f9 les escaliers ne montent pas simplement mais racontent des histoires e0 chaque marche. L e2 bf bdhumidit e9 s e2 bf bdinsinue dans la pierre et dans la m e9moire. Une m e9lodie s e9chappe d e2 bf bdun haut-parleur, quelqu a9un entonne une cueca au loin, et je me surprends e0 sourire. Non pas par nostalgie, mais parce que je comprends que Valpara edso est aussi cela : un dialogue constant avec un pass e9 qui ne se r e9p e8te pas, mais se r e9invente e0 chaque pas. J9essaie de faire ressentir cette v e9rit e9 e0 mon pinceau, sans trahir cette transparence incertaine que je trouve dans ses rues.
Je m e2 ef bf bcnte devant une porte bleue aux temps r e9volus ; un graffiti en spirale semble m 2019inviter e0 entrer. J9attrape un fragment de conversation depuis un appartement entrouvert : deux vieux discutent de Neruda et de sa maison, La Sebastiana. L e2 bf bdid e9e me captive. Et si l9esprit de cette maison, ce chaos organis e9, pouvait se r e9v e9ler dans mes tableaux ?
Je d e9cide de m e2 ef bf bcn y rendre. Je gravis les collines escarp e9es qui s e2 bf bclacent comme des complices, tandis que les nuages se prennent aux c e2bles du funiculaire. c0 l e2 bf bdriv e9e, La Sebastiana ressemble e0 un vaisseau-m e8re hors de son temps. c0 l int e9rieur, la collection h e9t e9roclite d e2 bf bdobjets semble vivre d e2 bf bci-m eame : un masque v e9nitien, un vieux t e9lescope rouill e9, des lettres pli e9es dans des recoins. Chaque pi e8ce murmure des fragments d e2 bf bdhistoire et de mondes possibles.
Carnet ouvert, je croque rapidement, cherchant non la forme exacte, mais cette fusion de chaos et d e2 bf bdordre que Neruda a imprim e9e ici. c0 cet instant, une voix derri e8re moi prononce mon nom, ou du moins je crois l9entendre. Je me retourne lentement. Un vieil homme e0 la barbe blanche et aux yeux clairs m e2 bf bdobserve sans h e2te. ab Tu cherches l9 e2me de cette ville, n eft-ce pas ? bb dit-il, sans attendre de r e9ponse. Ses mots ne sont pas des questions, mais des affirmations suspendues dans la brume.
