Pour beaucoup, Serravalle n9tait qu0 un petit point sur une carte, un murmure peine audible parmi les montagnes. Pour moi, c tait un entrelacs de silences et de for ts qui avaient fa onn mes mains. Je m appelle Dino, j ai 26 ans, et j ai appris couter le bois, ses grains et ses parfums, comme on tend l oreille un vieil ami.
Chaque matin, je me dirigeais vers la for t proche, un sac de cuir us la main. Je me souvenais du craquement discret des feuilles mortes sous mes pas, de la lumi re filtrant entre les pins, et de la mani re dont chaque tronc couch dissimulait un secret, attendant seulement qu on le r v le avec un ciseau et de la patience. Le march de Serravalle me voyait arriver charg de cr ations que personne d autre n aurait imagin es : de petites figures taill es, presque vivantes, comme si elles captaient l essence du temps pass les fa onner.
Un apr s-midi, en revenant de la Basilique de Saint-Marin, o je trouve refuge dans le silence pour r fl chir, je rencontrai un vieil homme pr s de la Tour Guaita, celle qui veille depuis des si cles sur la roche escarp e9e. Il d gagait une trange aura, comme si le vent lui avait confi des r c9cits inaudibles pour les autres. Il me regarda un instant, puis, d une voix basse et assur e9e, me tendit un fragment de bois sombre, presque noir, comme rien de ce que j avais jamais vu.
