Sur la place principale de Segovia, parmi la pierre dorée qui murmure des légendes anciennes et le lointain bourdonnement des passants, je suis assis depuis que je me souvienne. Mon atelier, modeste et empli de cuir patiné, se dresse près d9une fontaine où les enfants jouent avec les ombres au z e’nith du jour. Je suis cordonnier, du moins ainsi me nomment ceux qui s9arr êtent pour ìcouter le chant de la peau sous mes doigts rid e’s.
Chaque paire de chaussures que j9aiúçonn e’e porte en elle un e’clat de Fuentecilla : non seulement l9odeur humide de l9aqueduc après la pluie, ni le reflet doré du soleil qui filtre à travers les arcs du château de Coca. Câ ’est le c53ur m ême de ce village que j9ai cousu à chaque semelle, un battement discret que seuls les pas les plus attentifs savent percevoir.
Je me rappelle ce jour où un voyageur arriva à mon e’tabli, ses bottes us e’es racontant des itin e’raires invisibles. Il me demanda de les r e’parer, mais en d e’faisant les coutures, je d e’couvris quelque chose d e’trange : un petit parchemin jauni enroulé. Je l9ouvris avec la m ême d e’licatesse que celle d e’di e’e au cuir le plus fragile. Il nââââââ a0y avait que ces mots : ab Sur la terrasse duÊfé près de la place, à cinq heures. bb
Intrigué, glissant le message parmi mes outils, je laissai le temps s9 e’couler. À l9heure dite, je me rendis auÊfé, sanctuaire où le vin s accompagne de murmures et dâïtstories partag e’es au rythme des gorg e’es. Là, une femme aux cheveux dâïsargent et au regard assuré mâïtattendait. Elle confessa que mon atelier avait bercé son enfance, que mes souliers lui avaient offert confiance dans des heures incertaines, bien quâïs’elle nâïtait jamais osé y entrer.
